Et demain, ce sera pire !
Toute ressemblance avec la situation actuelle serait purement fortuite.

La France, championne du monde en appel ?

La FIFA a donc ouvert une enquête disciplinaire à l’encontre de Zinédine Zidane.

Cette enquête est parfaitement justifiée. Il faut comprendre que l’acte en lui-même est suffisamment violent pour en justifier une. Mais il faut ajouter qu’elle s’est faite devant 2 à 3 milliards de télespectateurs, dans une finale de Coupe de Monde, et que c’est sans doute le joueur le plus populaire et le plus célèbre de l’humanité qui l’a commise, dans les 10 dernières minutes de sa carrière. Il faut bien faire la vérité sur ce qui, de toute façon, est un sujet de discussion mondial.

Que risque Zidane ? Au fond, rien de sensible. Il a terminé sa carrière, et n’est donc pas concerné par la moindre interdiction de jouer. Quant à une éventuelle amende, sa portée serait de toute façon assez faible, au vu de la richesse matérielle de Zidane.

L’on parle alors de droit, et non plus de sport. La FIFA a bien sûr un Code disciplinaire [PDF], particulièrement bien rédigé, et souvent amendé. Les juristes réagissent (au demeurant, avec une dimension toujours très footballistique. Mais l’avocat n’est il pas le premier des supporters ?). Parmi les réactions, on peut noter Me Eolas, qui a publié 2 billets de grande qualité, et Diner’s room, pour qui une forme de “légitime défense” peut être mise en jeu.. mais de dire ensuite que ce n’est qu’avec une interprétation d’une saine mauvaise foi qu’on arrive à ce résultat là.

Vague de la mauvaise foi sur laquelle je continuerais de surfer, en partie.


Les articles qui suivent ne seront tirés que du Code disciplinaire de la FIFA, étant établi que, de toute façon, aucun autre droit national n’est applicable, au vu de la démonstration d’Eolas.

I. La compétence de la Commission de Discipline (CdD)

La Commission de Discipline est ce que l’on appelerait une juridiction de droit commun. Elle est compétente pour tous les litiges qui n’ont pas été spécialement confiés à une autre juridiction de la FIFA. Elle a aussi un domaine de compétence particulier, établi à l’article 81 du CDF :

La Commission de Discipline est compétente pour :
a) sanctionner les faits graves qui auraient échappé aux officiels de match ;
b) rectifier des erreurs manifestes dans des décisions disciplinaires de l’arbitre ;
c) prolonger la durée de la suspension de match résultant automatiquement d’une expulsion (cf. art. 18, al. 4 et 19, al. 4) ;
d) prononcer des sanctions additionnelles à celles prononcées par l’arbitre, par exemple une amende.

Les cas a) et c) sont écartés. La faute a été sanctionnée, donc ce motif est nul. Quand à la prolongation de la suspension du match, elle est sans objet, étant supposé qu’il arrêt le foot. Néanmoins, la CdD pourrait la prononcer, ce qui serait une moindre peine pour Zidane, et tout le monde serait content.
On peut donc supposer raisonnablement que les cas d’ouverture sont la “rectification d’erreur manifestes dans des décisions disciplinaires de l’arbitre” et la “sanction additionnelle”.

A. L’erreur manifeste de l’arbitre.

Le premier cas permettrait alors d’annuler le carton rouge, si elle était notamment établi que le 4ème arbitre avait vu le coup de boule sur la télé, ce qui serait une erreur de procédure, puisque l’arbitrage vidéo, on le rappelle souvent, n’est pas autorisé.

Mais s’agirait-il pour autant d’une erreur manifeste ? Une erreur manifeste, c’est une erreur à laquelle n’importe qui d’autre, dans la même situation, aurait réagi d’une façon différente. Même ma petite soeur, je le crains, aurait exclue Zidane. Car malgré tout, Zidane a bien fait quelque chose de grave, qu’il fallait sanctionner, à moins d’avoir un climat encore pire sur le terrain de jeu…

Inutile de considérer ce point de toute façon : la CdD n’a pas été saisie pour cela. Mais elle pourrait se prononcer sur cette matière, au vu de l’instruction et de la procédure qui soulève effectivement des suspiscions d’un complot mondial anti-Zidane.

B. La sanction additionnelle pour Zidane, “notamment l’amende”.

C’est évidemment à cette fin que la CdD a été saisie, et comme cela a été dit en préambule, on peut la comprendre.

II. Eléments de procédure devant la CdD

En vrac, voici certaines choses intéressantes à lire dans le Code de discipline.

  • Ouverture des poursuites

Article 113
1. Les infractions disciplinaires se poursuivent d’office.
2. Toute personne ou autorité peut porter à la connaissance des autorités juridictionnelles les comportements qu’elle juge contraires à la réglementation de la FIFA. Les dénonciations ne peuvent être faites oralement.
3. Les officiels de match sont tenus de dénoncer les infractions dont ils ont connaissance.

Nous sommes bien sûr dans le premier cas. La CdD peut donc faire comme bon lui semble afin d’aggraver la sanction.

  • Charge de la preuve

Article 103
1. Le fardeau de la preuve des fautes disciplinaires commises incombe à la FIFA.
2. En matière de dopage, il incombe à la personne contrôlée positivement de se disculper.

C’est donc à Zidane d’apporter des éléments justifiant qu’il répondait à une provocation, afin de tendre vers une atténuation de la peine.

  • Assistance

Article 104
1. Les parties peuvent se faire assister.
2. Elles peuvent se faire représenter lorsque leur comparution personnelle n’est pas exigée.
3. L’assistance et la représentation sont libres.

Eolas, avocat de Zidane :) !

  • Instruction

Article 114
Le secrétariat effectue d’office les actes d’instruction nécessaires, sous la direction du président.

Un juge d’instruction partial, ce n’est pas notre procédure pénale à nous. Je crois qu’il ne faut comprendre cet article que dans le sens “Au sein de la FIFA, la personne chargée de réunir les preuves est le secrétariat, l’accusé réunissant ses preuves à sa façon”. Mais, ce n’est que mon interprétation.

  • Débat

Article 116
1. En principe, il n’y a pas de débats et la Commission de Discipline statue sur la base du dossier.
2. A la demande d’une des parties, l’autorité peut organiser des débats, auxquels toutes les parties doivent être conviées.
3. Les débats ont toujours lieu à huis clos.

Vous lisez bien. La CdD décide si elle veut qu’il y ait des débats, ou pas. Et s’il y a débat, ils se font à huis clos. Etant donné l’enjeu, le huis clos ne pèsera certainement rien, si la presse fait son boulot…

III. Scénario : Zidane condamné.

C’est le pire scénario. Zidane est condamné sur le visa de l’article 48 qui dispose, en son premier alinéa :

1. Le joueur qui, intentionnellement, se livre sur une personne à des voies de fait qui ne causent ni lésion corporelle ni atteinte à la santé est suspendu pour deux matches au moins. L’officiel qui commet cette infraction est suspendu pour quatre matches au moins.
2. Lorsque l’auteur commet une voie de fait en crachant sur la victime, la suspension sera d’au moins six matches.
3. Dans tous les cas, l’autorité prononce également une amende, d’un montant minimal de CHF 5 000. Dans les compétitions avec limites d’âge, l’amende financière peut être réduite de façon appropriée.

L’infraction est constituée me semble-t-il :

  • Pas de lésion corporelle ni atteinte à la santé : Materrazzi le Fourbe n’a pas quitté le jeu. Il s’est allongé, le temps pour lui de reprendre son souffle. Rien de bien grave, finalement, pour lui.
  • Pas de crachat (notez quand même qu’il est plus grave de cracher que de mettre un coup de boule dans le thorax)

Une amende de plus de 5 000 francs suisses (un peu plus de 7 800 €) et une suspension pour deux matchs. La sanction peut paraitre faible à certains. Néanmoins, elle peut être considérablement aggravée, au vu de la très large publicité de l’infraction.

IV. Scénario : Zidane blanchi

C’est le meilleur scénario, et selon ses variantes, presque miraculeux au vu des circonstances.

Zidane a dit que l’injure que lui avait sorti Materrazzi le fourbe était en relation avec sa mère et sa soeur.

Précisons que la mère de Zidane est actuellement à l’hôpital, et c’est Matterrazzi lui même qui le dit dans un témoignage qui me fait penser qu’il est de mauvaise foi (notez le fait qu’on l’ait averti sur l’état de santé de la mère de Zidane. Bizarre, pour quelqu’un qui n’en a pas parlé, et n’a donc pas à s’en soucier).

Imaginons ce qui est toujours envisageable : Matterrazzi aurait sorti une insulte dont la réponse si peu zidanesque serait comprise par la CdD. C’est donc Materrazzi qui serait sanctionné. Mais tout dépend de la qualification de ce qu’il a fait.

A. Atteinte à l’honneur

Dans ce cas, c’est l’article 54 qui est concerné.

1. Celui qui, par quelque moyen que ce soit, notamment des gestes ou des propos injurieux, porte atteinte à l’honneur d’une personne, sera suspendu de match. Si l’auteur est un joueur, la suspension sera d’au moins deux matches ; s’il s’agit d’un officiel, elle sera d’au moins quatre matches.
2. Si la victime de l’atteinte est la FIFA elle-même ou l’un de ses organes, la durée de la suspension sera doublée (+ 100 %) ; la sanction concernera au moins tous les matches officiels internationaux. Une amende d’au moins CHF 5 000 devra être prononcée.

Notons qu’il faut qu’il soit porté atteinte à l’honneur de la personne elle-même. Néanmoins, la CdD n’est pas tenue par une interprétation stricte, à l’inverse de ce qui peut se passer notamment en droit pénal français.

Materrazzi s’en sortirait donc avec une atteinte à l’honneur, une suspension de deux matches (y compris en championnat, même si le Fourbe se retrouve à jouer dans une division d’honneur avec le scandale du Calcio) et une amende de 5 000 francs suisses (7 800 €, comme dit plus haut), ou plus, très certainement, pour les mêmes motifs que Zidane, mais la peine ne serait sans doute pas aussi alourdie.

B. Racisme

Dans ce cas, c’est l’article Jackpot nouveau (article 55 nouveau [PDF] - mars 2006, en vigueur) qui est concerné. Et ses conséquences sont bien plus que vertigineuses.

1. Celui qui, publiquement, rabaisse, discrimine ou dénigre une personne d’une façon qui porte atteinte à la dignité humaine en raison de sa race, couleur, langue, religion ou origine ethnique, ou qui a un comportement discriminatoire et/ou inhumain envers autrui sera suspendu d’au moins cinq matches à tous les niveaux. L’autorité prononcera également une interdiction de stade à son encontre et une amende d’au moins CHF 20 000. Si l’auteur de tels actes est un officiel, le minimum de l’amende sera de CHF 30 000.

La maman de Zidane est à l’hôpital, et le Fourbe l’insulte. Je ne sais pas ce que peut en penser la CdD, mais cela peut choquer n’importe lequel d’entre nous, et d’une façon qui pourrait suprendre les moins sanguins.

Personne ne sait précisément la teneur des propos du Fourbe. Mais, quand même, ces éléments d’information sont à prendre en compte.

Mais la peine ne s’arrête aux seuls 31 200 € minimum, suspension de 5 matches, interdiction de stade. Compte-tenu du développement de tels comportements, y compris de la part des spectateurs (eux aussi sanctionnés) dans les stades, la FIFA a pour le moins une peine exemplaire pour des équipes qui répèteraient cette infraction.

Asseyez-vous, et écartez de vos bras tous klaxons ou drapeau français. Rappelez-vous que ce n’est que de la fiction.

4. Si des joueurs, des officiels d’associations ou de clubs et des spectateurs font preuve de quelque façon que ce soit d’un comportement discriminatoire ou inhumain au sens des alinéas 1 et/ou 2 de cet article, l’équipe à laquelle ces personnes seront rattachées, si tant que cela soit possible, se verra retirer d’emblée trois points dès la première infraction. La deuxième infraction entraînera un retrait de six points et la troisième infraction aura pour conséquence la relégation.
Pour des matches où aucun point n’est attribué, l’équipe concernée, dans la mesure où l’on
peut l’identifier, sera disqualifiée.

Et vous savez quoi ? Il n’y a pas de point pour une finale de Coupe du Monde :) ! L’Italie pourrait donc tout simplement être disqualifiée, et la France, championne du monde par forfait, c’est à dire par 3 - 0, comme dit à l’article 31 du Code disciplinaire.

Quelle solution différente, pour un mot de Materrazzi de plus…

*

* *

Je n’ai malheureusement aucun commentaire supplémentaire à apporter. Une condamnation de Zidane n’altérerait en rien l’admiration que beaucoup de Français ont contre lui. Une condamnation de Matterrazzi serait elle aussi justifiée, et nul doute qu’il serait encore vu comme un héros national.

Je me garderai bien du moindre pronostic, mais ma conviction est qu’une injustice, c’est une faute qui n’a pas été sanctionnée. Zidane a fait une faute, il doit être sanctionné. Matterazzi en a fait une. Si c’est du racisme, le règlement de la FIFA doit s’appliquer.

Mais je ne voudrais pas que l’équipe de France gagne une Coupe du Monde dans un prétoire (et encore moins sur un simple rapport). Le sport a ses règles qu’aucun règlement ne pourra jamais contredire. Où serait l’esprit sportif dans ce sort réservé à la Coupe du Monde ?

[EDIT : Zidane c. Materazzi est véritablement un cas patent de rupture de la confidentialité de l'instruction :)

3 Responses to “La France, championne du monde en appel ?”

  1. go on, dream france. i suggest you thinking euro 2008. Your revenge could be there. Nobody sais anything about racism

    andrea - juillet 19, 2006 at 4:17

  2. helicopter skiing

    helicopter skiing bis

    helicopter skiing spain - février 8, 2007 at 1:33

  3. champion ford houston

    Eliceecose - juin 25, 2007 at 1:43

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